ex: Inondations

Introduction
L’objet de cette composante est de présenter les différents types d’enjeux liés aux inondations et à la maîtrise de ces risques dans le monde, et en particulier en Europe, en fournissant les éléments de connaissance nécessaires à leur compréhension.
 

CONTEXTE : LE RISQUE D’INONDATION ET SES EFFETS

De tous les aléas naturels, l’inondation - que l’on peut définir comme une submersion temporaire, rapide ou lente et naturelle ou artificielle, de zones habituellement hors d’eau – est celui qui est le plus courant et présente le plus de facettes. Les inondations ont toujours eu un caractère magique ou religieux et les zones inondables ont toujours été des territoires aussi contraignants qu’attractifs. Selon les zones climatiques, les cultures et les époques, les inondations sont tantôt considérées comme une contrainte qui limite les capacités d’aménagement des sociétés humaines et leur confort de vie (en particulier dans les pays de la zone tempérée sans pénurie d’eau) ou comme un bienfait et un besoin vital qui conditionne l’économie et le bien-être des populations (en zone semi-aride, que serait par exemple l’Egypte sans les crues du Nil ?). Depuis des siècles et surtout depuis quelques décennies dans les pays développés, l’homme s’est persuadé que la toute puissance de la technique visant à contrôler la rivière pouvait éradiquer le risque, laissant libre cours à l’intensification de l’utilisation des plaines inondables, au mépris des règles environnementales élémentaires.
De ce fait, les inondations représentent aujourd’hui un danger pour les biens et les personnes dans la plupart des régions du globe. La récurrence des inondations de ces dernières années a mis en exergue la croissance continue de la vulnérabilité donc des dommages [On entend par dommages : le coût financier des biens matériels sinistrés et indemnisés par les assurances.]. Ils affectent durablement les économies locales voire nationales malgré des politiques de prévention complétées et renforcées au fil des événements.
En effet, les inondations sont au premier rang des catastrophes naturelles dans le monde : ce sont les plus fréquentes et les plus coûteuses en terme de souffrance humaine et de pertes économiques.
A l’échelle mondiale, plus de 500 millions de personnes sont affectées par les inondations dont 400 millions en Asie et plus de 25 000 en périssent chaque année [RAMADE F. Des catastrophes naturelles ? Dunod, UniverSciences, Paris, 2006, 258 p.]. Rien qu’en Europe entre 1998 et 2006, les inondations causèrent quelques 700 morts, le déplacement de 500 000 personnes et au moins 25 milliards d’euros de pertes économiques couvertes par les assurances (Commission des Communautés Européennes, 2006).
L’inondation est également un risque naturel majeur [selon la définition du MEDD, c’est un « risque lié à un aléa dont les effets prévisibles mettent en jeu un grand nombre de personnes, provoquent des dommages importants et dépassent les capacités de réaction des populations ». Autrement dit, c'est la confrontation d'un aléa avec des enjeux se caractérisant par un nombre conséquent de victimes, un coût élevé de dégâts matériels, des impacts notoires sur l'environnement auxquels les populations ne peuvent faire face seules. Sont considérés comme risques naturels majeurs en France : inondations, avalanches, mouvements de terrain, feux de forêt, cyclones, tempêtes, séismes, éruptions volcaniques.] de premier ordre en France : 74 % des communes exposées à un risque naturel sont soumises aux inondations, lesquelles représentent 80% des dégâts produits par l’ensemble des catastrophes naturelles, soit un coût des dommages d’environ 250 millions d’euros par an (MEDD, www.prim.net). Les scénarios catastrophes donnent des montants plus importants encore : 12 milliards d’euros de dommages directs pour une inondation type 1910 affectant la région parisienne [IIBRBS. Evaluation des dommages liés crues en région Ile-de-France, août 1998.] (www.iibrbs.fr).
Qu’en est-il de l’avenir ? Les projections font état de quelque 2,5 milliards de personnes qui seraient vulnérables à des inondations catastrophiques en 2050 du fait de la perspective de croissance démographique dans les zones inondables, des changements climatiques, de la hausse du niveau des mers et de la déforestation [Cité dans Ramade, 2006, p.94. Collins, T. Université des Nations Unies in NASA, Two billions Vulnerable to floods in 2050, Nasa News, 13 juin 2004.].
La prise de conscience collective de l’impact des activités humaines sur l’aggravation des inondations et la reconnaissance des aspects bénéfiques des inondations « ordinaires » contribuent à modifier l’approche traditionnelle de la gestion des risques d’inondation. C’est ainsi que, dans les pays développés en particulier, les événements d’inondation sont élevés au rang de « phénomènes de société ». Au regard des enjeux économiques et environnementaux actuels, la gestion des risques d’inondation prend une dimension politique nouvelle. Les décideurs reconnaissent progressivement la nécessité de mieux prendre en compte le phénomène au sein des politiques d’aménagement du territoire et de développement économique, dans une démarche de développement durable.
La gestion des « situations à risque » selon cette nouvelle approche sera vitale pour les prochaines décennies en particulier sur certains territoires « fragiles » subissant une forte pression anthropique (démographique, touristique, etc.) et/ou exposés aux conséquences prévisibles des changements climatiques (littoraux, montagnes, villes, …). Une connaissance précise du fonctionnement des hydrosystèmes [le concept d’hydrosystème fluvial (Amoros et Petts, 1993) succède à celui de système fluvial (Schumm, 1977) qui considérait le cours d’eau comme un continuum fluvial où le transit des flux d’eau et de sédiments s’effectuait essentiellement dans une seule dimension amont-aval. Le concept d’hydrosystème considère une portion de l'espace où les échanges (eau, sédiments, énergie) entre le cours d’eau et son environnement se font dans les trois dimensions (amont-aval, transversal chenal-plaine alluviale, vertical surface-compartiments souterrains).], des événements pluviométriques et autres à l’origine des crues et des inondations, ainsi que des territoires concernés par les interactions entre l’hydrosystème et certaines activités humaines susceptibles d’accroître les inondations, est essentielle pour estimer l’ampleur des enjeux liés aux inondations et se préparer dans les meilleurs conditions aux perspectives du 21ème siècle.
 

LES ENJEUX LIES A LA GESTION DES RISQUES D’INONDATION

Les enjeux sont liés aux fonction attribuables aux zones inondables par l’homme : à la fois des lieux support du développement des activités économiques et des milieux ressources pour la dynamique des hydrosystèmes et la biodiversité. Concilier développement économique et préservation des milieux naturels est donc l’enjeu global lié à la gestion des risques d’inondation.
Pour étudier les risques d’inondation, les enjeux et l’évolution des réponses apportées à leur gestion, nous partons du constat, à l’instar de Scarwell et al. (2004, p.16), que le risque d’inondation se définit communément comme à la fois :

La zone inondable la plus courante, d’origine « naturelle », est la plaine d’inondation fluviale qui représente cet espace formé de l’accumulation de sédiments transportés puis déposés par le cours d’eau lors des crues, espace que l’on appelle communément plaine alluviale (fig. suivante). Elle constitue une zone de stockage de l'eau lors des crues. C’est, en quelque sorte, l’espace naturel de « respiration » du cours d’eau, soit une partie de l'« espace de liberté » qu’il faut préserver à la rivière [Bravard J.P. et al. Comment délimiter l’espace de liberté des rivières ? L’eau, l’homme et la nature. 24è journées de l’hydraulique, congrès de la SHF, Paris 18-19-20 sept 1996, p.275-284.].
Crédits
Pottier N., 1998
Légende
Profil transversal d’une plaine alluviale
 

Les enjeux écologiques et environnementaux des zones inondables

Si les crues d’occurrence rare sont génératrices d’inondations dommageables pour l’homme et perdent leurs bénéfices, les crues ordinaires plus fréquentes [Les crues dont la probabilité d’occurrence est une fois par an, une fois tous les 5 à 10 ans. Par exemple, la biomasse piscicole croît en fonction de la durée d’inondation de la plaine alluviale.] remplissent un certain nombre de fonctions écologiques vitales en participant aux échanges normaux entre la rivière et son environnement (fig. suivante) et ainsi au fonctionnement de tout l’hydrosystème (en dehors des zones de gorge ou d’encaissement marqué).
Crédits
Pottier N., modifié d’après Amoros et Petts, 1993
Légende
Les échanges bidirectionnels au sein de l’hydrosystème
Ainsi, les inondations « naturelles » (par opposition aux inondations accidentelles liées à des ruptures de barrages ou de digues), de part leur apport en eau et en sédiments, ont pour l’homme divers effets bénéfiques reconnus, bien supérieurs en moyenne à ceux qui peuvent résulter d’autres risques naturels [Selon Chamley H. Environnements géologiques et activités humaines, Vuibert, 2002 et Kreis N. Modélisation des crues de moyenne montagne pour la gestion intégrée du risque d’inondation. Thèse ENGREF, 2004.] :

 

Les enjeux économiques et sociaux des zones inondables

Depuis l’Antiquité, « l’espace du cours d’eau » s’est avéré un espace convoité par l’homme, que ce soit pour sa richesse biologique, pour son caractère plan et la fertilité de ses sols ou en fonction de la proximité de l’eau.
Dans l’effort de gestion des risques d’inondation, la plaine d’inondation représente donc un enjeu fondamental en qualité d’espace économique. Cet espace est le siège d’une activité humaine très importante qui a évolué au fil des siècles, s’est diversifiée et intensifiée surtout depuis les années 1970-80 et dans les pays développés.

L’enjeu global est de parvenir à une gestion équilibrée entre développement et préservation des zones inondables. Cela suppose donc de reconnaître les fonctions écologiques des plaines alluviales, trop souvent oubliées, à côté de leurs fonctions économiques. Car c’est bien à l’homme d’ajuster ses actions aux spécificités naturelles des territoires qu’il exploite et non l’inverse et la coexistence est possible. C’est le prix à payer pour réduire les vulnérabilités multiples qui affectent les économies locales à nationales et pour s’adapter à l’augmentation probable des précipitations intenses et des événements extrêmes, comme le prévoie le dernier rapport 2007 du Groupe d'Experts Internationaux sur le Changement climatique (http://www.ipcc.ch/).
 

LES MULTIPLES FACETTES DE L’ALEA INONDATION

Les inondations sont avant tout la manifestation des crues [Crue : augmentation importante du débit d'un cours d'eau, le plus souvent attribuable aux précipitations ou à la fonte des neiges. La crue ne provoque une inondation que lorsqu’elle entraîne le débordement des eaux hors du lieu d’écoulement habituel (lit mineur) dans la zone d’expansion des crues (lit majeur).] des cours d’eau liées à des pluies importantes (en termes d’intensité, de durée, de cumul et/ou d’extension spatiale) ou à la fonte des neiges, mais pas seulement : il peut y avoir inondation sans crue.
La remontée de nappe phréatique due à la saturation des sols, l’accumulation des eaux de ruissellement sur des surfaces peu perméables en zone urbaine, la marée de tempête ou un raz-de-marée (dans les estuaires), ainsi que les embâcles et débâcles glaciaires sont également à l’origine des inondations dites « naturelles ». Elles sont accidentelles si elles résultent de l’action de l’homme (rupture de barrage ou de digue).
Les inondations concernent quasiment toutes les zones du globe (même semi-arides). Mais du fait de sa spécificité climatique et géographique la zone intertropicale est la plus concernée par les inondations en terme de fréquence, d’ampleur et de variété des événements (zone chaude favorisant l’abondance des pluies, pentes fortes favorables à l’érosion et au glissements de terrain, moussons, cyclones, influence du phénomène El Nino). Le Bangladesh, construit sur le delta des gigantesques fleuves Gange et Brahmapoutre, détient le triste record d’être le pays le plus exposé au monde aux inondations (80% de son territoire inondable).
Les principaux facteurs qui influencent le déclenchement, la durée et l’intensité des inondations sont la quantité et le type de précipitations (conditionnés par le climat et le type de temps), la nature et l'état de la surface réceptrice (pente forte et couvert végétal réduit accélèrent les écoulements ; sols saturés en eau ou imperméabilisés augmentent le volume écoulé ; confluence de rivières importantes accélère la montée des eaux et accroît le volume écoulé), l’action de l’homme (imperméabilisation des sols, déboisement, mauvais drainage, rupture d’ouvrages sur les cours d’eau augmentent la vitesse d’écoulement et le volume écoulé).
Depuis le 19ème siècle, les inondations sont classées selon la vitesse d’écoulement de l’eau (rapides et lentes ; différenciées par la brutalité, la durée et le volume). Mais elles peuvent être classées aussi selon leur origine naturelle ou accidentelle ou selon leur nature (débordement direct ou indirect d’un cours d’eau, stagnation d’eaux pluviales, submersion de zones littorales).
Les inondations rapides violentes causent des pertes en vies humaines et dégâts matériels importants mais localisés ; les inondations lentes sont rarement la cause de décès directs mais ont des conséquences lourdes sur les infrastructures - les biens - les activités économiques et environnementales. La science du danger est appelée cyndinique, mot inventé par l’association Guillaume Budé en 1987 et depuis, souvent utilisé.
Les tableaux suivants présentent une typologie récapitulative et comparative des différentes facettes de l’inondation à travers le monde.
 

Les inondations à cinétique lente, littorales ou estuariennes

Les inondations à cinétique lente, littorales ou estuariennes
Inondations de plaine Remontées de nappes phréatiques Inondations littorales ou estuariennes
Espaces concernés Grands bassins versants (15 000 à 100 000 km2)Plaines alluviales, vastes surfaces inondéesLittoraux, estuaires
Causes Pluies successives et prolongées (jours, semaines, mois) d’origine océanique mais d’intensité modeste (quelques mm à dizaines de mm/h) saturant les solsPluies successives et prolongées (mois précédant l’événement) saturant les sols et rechargeant les nappes jusqu’à atteindre la surfaceConjonction d’une crue fluviale et d’un niveau de la mer exceptionnellement élevé sous l’effet de forts coefficients de marée ou par les effets des marées de tempête. (Cas particulier : tsunamis engendrant une vague déferlante inondante rapide pénétrant à l’intérieur des terres (tsunami du 26/12/2004, Asie du sud))
Caractéristiques Montée des eaux et décrue lentes et progressives (quelques cm/h), prévisiblesLongue durée de submersion Gros volume écoulé (centaines de millions à plusieurs milliards de m3)Montée des eaux et décrue lentes et progressives, affectant les zones basses même en l’absence de débordement direct du cours d’eau Longue durée de submersionRefoulement des eaux de crue dans les terres, ralentissement de l’évacuation à l’exutoire en fonction des marées. Inondations plutôt lentes.
Conséquences pour l’homme Risque humain limité mais coût élevé des dommages lié à la durée de submersion et aux volumes importants écoulésRisque humain direct quasi nul mais coût élevé des dommages lié à la durée de submersionRisque humain direct très limité Majoration de l’impact des crues (extension spatiale, durée, coût des dommages)
 

Les inondations à cinétique rapide torrentielle

Les inondations à cinétique rapide torrentielle
Inondations rapides Crues subites ou éclair (flash flood) et laves torrentielles Ruissellement pluvial urbain Débâcles glaciaires Rupture accidentelle d’ouvrage
Espaces concernés Bassins 500 à 5000 km2, à pentes fortes en zone tempérée ; surfaces variables planes ou non en zone intertropicale (mousson, cyclones)Petits bassins (quelques km2 à centaine de km2) et lit des torrents en forte pente (> 6%) Zones urbaines imperméabilisées des petits bassins (< dizaine de km2) souvent en piémontPlaines et montagnes de climat tempéré à hiver froid et des hautes latitudes Vallées en aval d’un barrage, plaine alluviale en arrière de digues
Causes Pluies pendant 6 à 36h, orageuses, de mousson ou cycloniques très intenses (plusieurs dizaines de mm/h [1 mm de pluie est équivalent à 1 litre d'eau par m²] et centaines de mm/h en zone intertropicale, cumul centaines de mm)Pluies orageuses intenses localisées, phénomènes cévenols en climat méditerranéen (100 à 300 mm de pluie en quelques heures en France)Pluies orageuses intenses localisées (quelques centaines de mm en quelques heures) engendrant un ruissellement ou une stagnation d’eaux non absorbés par les sols ou le réseau de drainage urbain Rupture d’embâcle glaciaire sous l’effet de la pression, d’un redoux brutal de température ou d’une éruption volcanique sous-glaciaire (jökulhlaup en Islande)Surcharge liée à un événement météorologique exceptionnel (pluies orageuses, abondantes, prolongées)
Caractéristiques Montée rapide des eaux (plusieurs dm/h, temps de concentration <12h) Hauteur et durée de submersion longues dans les régions de mousson (semaines, mois)Rapidité de montée des eaux (souvent < à 1h), charge alluviale élevée et fort pouvoir érosif. En région tropicale, facteur déclenchant de glissements de terrain de grande ampleur.Caractérisées de laves torrentielles sur des pentes > 20% dans le cas de plus de 50% de matériaux solides transportés. Rapidité de montée des eaux (quelques dizaines de min à quelques heures) concentrées sur les axes de voiries en dehors de tout réseau hydrographique apparent, hauteur de submersion élevée (jusqu’au toit des maisons), vitesse d’écoulement rapide d’eaux boueuses chargées en objets divers Crue soudaine et violente résultant de la rupture du barrage (embâcle) pouvant se manifester par une vague destructrice en aval, chargée de blocs de glace, arbres etc.Crue soudaine et violente résultant de la rupture de l’ouvrage. Dans le cas des barrages, déferlement des eaux pouvant entraîner la formation d’une vague destructrice en aval.
Conséquences pour l’homme Risque humain et économique élevé Alerte réduite et évacuation difficileRisque humain et économique très élevés : alerte réduite et évacuation difficile, majoration des risques dans le cas des laves torrentielles qui se solidifient avec la décrue Risque humain et économique très élevé du fait du caractère urbain des zones touchées et de l’alerte extrêmement réduite Risque humain et économique généralement limité (affectent rarement des zones urbanisées)Risque humain dépendant du délai d’alerte pour l’évacuation selon l’état de surveillance des ouvrages. Risque économique très élevé
 

Quelques événements historiques d’inondations à travers le globe

Inondations lentes de plaine Remontées lentes de nappes phréatiques Inondations littorales ou estuariennes
Crue de la Seine en janvier 1910 à Paris : pluies abondantes sur sols gelés, 7 milliards de m3 écoulés en 2 mois sous les ponts de Paris, inondation 45 jours, 5 morts, 1 milliards € de dégâts.
Crue de l’Elbe et du Danube en Europe centrale en 2002 : 12 jours de pluies intenses équivalant à quatre fois les normales mensuelles, 113 morts, 25 milliards € de dégâts
Somme en avril 2001 : à Abbeville crue cinquantenale résultant d’un cumul de pluies double de celui de la moyenne saisonnière sur les 7 mois précédent l’inondation, décrue > 1 mois, coût des dommages pour le département de la Somme 150 millions € Inondations du Finistère (Quimper) les 12-13/12/2000 suite aux pluies prolongées des semaines précédentes (365 mm entre septembre et décembre) conjuguées aux vents violents et aux forts coefficients de marée. Pas de victimes mais 6000 foyers privés d’électricité, 33000 abonnés privés de téléphone, 1000 habitations sinistrées.
Inondations rapides Inondations torrentielles crues-éclair Ruissellement pluvial urbain Débâcles glaciaires Rupture accidentelle d’ouvrage
Inondations des 8-10/09/2002 dans le Gard : les 2/3 du département du Gard (surface exceptionnelle) ont été affectés par des cumuls de pluie de plus de 300 mm, avec un maximum de 687 mm à Anduze en 24h (soit en 36h autant de pluie qu’à paris en une année). Les normales mensuelles pour la région nîmoise sont de l'ordre de 60 à 80 mm, tandis que les normales annuelles ne dépassent pas 800 mm (meteonew.free.fr). Bilan : 23 morts et 1,2 milliards € de dégâts.
Inondations en Chine du sud en mai 2005 : pluies à Hong Kong 500 mmm au lieu de 300 en moyenne mensuelle, 600 victimes, 2,8 millions de personnes affectées et 138000 maisons détruites
Crue de l'Ouvèze à Vaison-la-Romaine le 22/09/1992 : 300 mm de pluie en moins de 6h. Les normales en montagne sont de 900 à 1100 mm annuels. Débit estimé à 1100 m3/s (fréquence quadricentennale) alors que le module est de 5,2 m3/s (Piegay, Mappemonde 4/1993). 47 morts et 500 millions € de dégâts.
Vargas (Venezuela) le 15 décembre 1999 : 1209 mm de pluie en décembre 1999 et 791 mm en 48h contre 520mm en moyenne annuelle. Ecoulements torrentiels chargés de blocs et débris divers. Bilan : 20 000 morts, infrastructures dévastées à 50 % dans la zone touchée principale région économique du pays.
Nîmes 3/10/1988 : 160 mm de pluie en 3h (230 mm en 6h), jusqu’à 220 mm en 3h à Mas de Ponge 10 morts et 500 millions € de dégats.
Alger 10 novembre 2001 : 132 mm de pluie en 6h, 700 morts, 20000 sans abri.
Crue de la Léna (Sibérie) le 22/05/2001 : les pires inondations du siècle affectant la ville de Iakoutsk. Crue sur plus de 1000 km liée à la fonte des glaces après des chutes de neige double d’une saison normale et un froid exceptionnel.
Jökulhlaup du 5 novembre 1996 en Islande : pic 45 000 m³/s (supérieur au débit du Mississipi) sur une largeur de 50 km et une hauteur d'eau de 3 à 5 m à l’heure du maximum de la crue. Pas de victimes (hors zone urbanisée), mais 15 millions de dollars américains de dégâts (routes, câbles coupés).
Rupture du barrage de Malpasset en 1959 : déferlement d’une vague de 40 m de haut dans la vallée en aval du barrage jusqu’à Fréjus, 423 morts.
Rupture des digues de protection de la Nouvelle Orléans (Etats-Unis) en septembre 2005 suite au passage du cyclone Katrina : 80 % de la ville sous les eaux
 

AVANCEES ET NOUVELLES APPROCHES DE LA GESTION DES RISQUES D’INONDATION EN FRANCE ET EN EUROPE

 

De la protection contre les inondations vers la prévention des risques

L’évolution des politiques de protection contre les inondations reflète le passage récent d’une stratégie à une autre : de la volonté d’éradiquer le risque en contrôlant l’aléa vers une gestion plus globale du risque recentrée sur la maîtrise de la vulnérabilité dans les zones exposées. La perspective du changement climatique introduit également une nouvelle variable dans la recherche d’une gestion durable des inondations. Le principe même d’accepter les extrêmes hydrologiques est une nouvelle donne scientifique et sociétale caractéristique des années 2000. L’aléa devient un « atout patrimonial » (Bravard, 2000), c’est ce qu’il ressort des derniers textes de lois qui réglementent la gestion de l’eau en France et en Europe où l’impact des activités humaines a fini par être intégré.
Dans la multitudes des mesures de lutte contre les inondations (fig.1), l’accent est mis prioritairement sur les mesures non structurelles de prévention pour réduire durablement les dommages aux personnes et aux biens dans le respect des exigences environnementales. En France, le PPR est depuis plus de 10 ans le moteur de cette prévention destinée à réglementer l’usage des sols à travers un zonage des risques (fig.2). La restauration des champs d’expansion des crues, la prise en compte du risque dans l’urbanisme, la réduction de la vulnérabilité et le renforcement de la conscience du risque sont inscrits dans la loi « risques » de 2003.
Crédits
Pottier N., 2003
Légende
Fig.1. Classement des stratégies de gestion des inondations et mesures associées
Crédits
Pottier N.
Légende
Fig.2. Evolution du cadre législatif de la prévention des risques naturels en France
Les nouvelles approches de réduction des risques d’inondation visent précisément à réapprendre à vivre avec les crues et les inondations consécutives pour concilier développement économique et équilibre des milieux naturels.
 

Le concept de ralentissement dynamique des crues

Lancé en 2004, ce concept est né en réaction à un double constat :

Ce concept s’inscrit dans une logique de type « protection aval / valorisation amont » des territoires. Il vise précisément à substituer aux barrages réservoirs et aux digues un nombre important de petits bassins dits de surstockage ou d’épandage des crues tout au long du cours d’eau qui stockeront le volume des petites et moyennes crues en amont des zones urbanisées partout où cela est possible. Ces bassins permettront de réduire le débit de pointe et de retarder l’écoulement en aval, tout en restaurant les aspects bénéfiques de la submersion temporaire de la plaine alluviale (voir partie 2.1).
Le concept de ralentissement dynamique trouve son efficacité dans la mesure où des potentialités d’inondation sont acceptées et effectivement mobilisées dans les zones adéquates du bassin versant, et dans la mesure où le maître d’ouvrage assure de manière pérenne l’entretien et la surveillance des aménagements (MEDD, Cemagref, 2004 [MEDD, Cemagref. Le ralentissement dynamique pour la prévention des inondations. Guide des aménagements associant l’épandage des crues dans le lit majeur et leur écrêtement dans de petits ouvrages, sept 2004, 130 p.]).
Depuis 2004, les projets fleurissent à travers l’hexagone (dans le bassin de la Meuse, voir http://www.epama.fr/documents/doc_synthese_zrdc_mouzon.pdf ), de la Seine http://www.la-bassee.com/presse.htm).
 

Valoriser les zones inondables en milieu urbain et péri-urbain

Nombre de collectivités locales se sont engagées, depuis les années 2000, dans des démarches de prévention visant à intégrer les risques aux enjeux du développement territorial et à transformer les caractéristiques contraignantes des zones inondables en atouts pour un développement urbain « durable ». Cette nouvelle volonté politique émerge et s’impose en réponse :

Les approches de valorisation des zones inondables dans l’aménagement urbain prennent diverses formes autour de deux options complémentaires : évacuer délibérément la zone à risque devenue inconstructible ou réhabiliter en tenant compte du risque. Les collectivités déploient tout un panel de solutions [MEDD, CERTU. Centre-ville en zone inondable. Prise en compte du risque. Nov 2004, 62 p. MEDD. Prévention des risques naturels. L’expérience de dix collectivités locales. Oct 2003, 25 p.] : changement d’usage du sol, solutions techniques de surélévation ou de création d’étages refuge, coulées bleues ménagées pour la rétention de l'eau de ruissellement, déplacement de projets urbains hors du champ d'inondation, parcs urbains et coulées vertes, équipements de sports et de loisirs, ou encore restauration de champs d'expansion de crue ou protection de captages.
 

Approches participatives et coopérations européennes dans la gestion des inondations à l’échelle des bassins versants transfrontaliers

Les grandes inondations ne peuvent être ni empêchées ni maîtrisées, mais elles doivent être gérées de manière internationale sur la base de stratégies intégrées de gestion des bassins hydrographiques pour prévenir les inondations et en atténuer les effets. Dans ce cadre, une coopération internationale se met en place dans les bassins fluviaux, tels que le Rhin, l'Oder, la Meuse, le Danube, la Saar, la Moselle et l'Elbe : les pays riverains établissent des institutions pour assurer une approche coordonnée de gestion des risques d’inondation, ainsi que des plans de protection transfrontaliers.
Le bassin de la Semois, affluent de la Meuse partagé entre la Belgique et la France en est une illustration [POTTIER N., ROSILLON F., BOUDRIQUE S. Coopération transfrontalière pour la gestion locale de l’eau et des inondations : l’expérience du bassin de la Semoy/Semois (France/Belgique). In Brun A., Lasserre F., (dir.), Politiques de l’eau, grands principes et réalités locales. Presses de l’Université du Québec, 2006, p. 161-187.]. En dépit des différences de mesures de prévention et de législations, un plan d’action conjoint a été mis en place depuis 2002 pour lutter contre les inondations d’amont (Belgique) en aval (France). Le programme financier Interreg III France-Wallonie-Flandres (2002-2006) d’encouragement à la coopération transeuropéenne a permis de fédérer dans une démarche commune, à travers le « contrat de rivière » (outil à vocation de gestion participative de l’eau), les actions de prévention des inondations entreprises de part et d’autre de la frontière.
D’autres projets, tel EUROTAS (European River Flood Occurrence and Tool Risk Assessment System) visent à développer des méthodologies communes à plusieurs pays en gestion du risque d'inondation à long terme et en prévision en temps réel des inondations.
 

Vers une gestion communautaire des risques liés aux inondations

A l’image de ce qui se pratique déjà en matière de gestion de l’eau, la Commission Européenne juge désormais indispensable une intervention concertée à l'échelon européen en matière de gestion des inondations. Cette volonté part du constat de l’impact humain, social et économique désastreux des dernières inondations en Europe (1998-2002 : 700 victimes, 500000 évacués, 25 milliards d’euros de pertes économiques) et de l’estimation que la fréquence des inondations va augmenter (du fait du changement climatique et de l'installation croissante de personnes et de biens dans des zones à risque d'inondation).
En conséquences, la Commission Européenne a proposé le 18 janvier 2006 un projet de Directive relative à l’évaluation et à la gestion des inondations qui « vise à gérer et réduire les risques dus aux inondations pour la santé humaine, l'environnement et les biens. Elle prévoit de cartographier les risques d'inondations dans toutes les régions où il existe un risque important d'inondation, d'instaurer une coordination à l'intérieur des bassins hydrographiques communs à plusieurs pays et de produire des plans de gestion des risques d'inondation qui soient le résultat d'une coopération et d'une participation large entre les États membres » (http://europa.eu/scadplus/leg/fr/lvb/l28146.htm).
L’échéance est fixée à 2015 pour s’aligner avec les objectifs fixés par la Directive Cadre sur l’eau de 2000.
Conclusion
L’approche que les sociétés ont du risque d’inondation a évolué au cours de l’histoire. En Europe et en France, on est passé d'une conception hydraulicienne de contrôle des écoulements au début du siècle à une conception territoriale de la gestion des risques liés aux inondations aujourd'hui. L’inondation n’est généralement plus considérée comme une fatalité mais comme une contrainte à intégrer dans le développement des territoires, voire dans les approches les plus novatrices, comme un atout de développement et une composante patrimoniale.
Désormais, la société doit réapprendre à composer avec les crues pour concilier développement économique et protection des milieux naturels dans une perspective de développement durable des territoires. C’est du moins le défi dans lequel s’engagent les pays développés de la zone tempérée.